Ÿnsect, an industrial disaster emblematic of the “start-up nation” boosted with public money

https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/280126/ynsect-une-catastrophe-industrielle-emblematique-de-la-start-nation-boostee-l-argent-public

Posted by b3n33333

10 Comments

  1. >En janvier 2023, il était aussi de la délégation française au Forum de Davos, présentant Ÿnsect comme le « leader mondial de la production d’insectes pour nourrir hommes, animaux et plantes ». Les médias sont conquis, de TF1 à Mediapart. La presse économique qualifiait même Ÿnsect de « licorne », du nom donné aux start-up dont le potentiel de valorisation dépasse le milliard d’euros.

  2. En vrai, c’est dommage. Je trouve que le concept de base de faire de la protéine à base d’insectes est loin d’être con. Les gens sont juste pas prêts…

  3. Worried-Witness268 on

    comme souvent , entre la théorie et la pratique …. sur le papier tout était bon et y’a eu masse de fric dépensé et l’intérieur était une épave , c dingue

  4. Ça fait beaucoup de RSA non ?

    Comme d’hab l’assistanat qui coûte un poignon de dingue c’est pour les pauvres et pas pour les copains qu’on arrosé d’argent public.

  5. Donc en gros, le mec dépense à outrance, sa boîte coule et il la rachète via une autre société pour moins cher que ce qu’elle était estimée.

    Le plan parfait quoi. En fait être entrepreneur c’est pas du tout risqué si tu connais les bonnes personnes. Pile je gagne et face tu perds.

  6. FlorentPlacide on

    >Depuis la liquidation, l’histoire d’Ÿnsect n’est toutefois pas finie. À la surprise générale, en juin 2025, un tiers des employé·es de l’usine prototype de Dole dans le Jura (treize personnes) ainsi que plusieurs brevets ont été repris par une société nommée Keprea.

    >Société dont les premiers actionnaires sont… Antoine Hubert [ancien président] et Julien Denormandie, l’ancien ministre grand fan d’Ÿnsect, qui n’a pas donné suite aux sollicitations de Mediapart. *« Il me tenait particulièrement à cœur de sauver ce site qui était condamné à la fermeture et auquel personne ne s’intéressait »*, explique Antoine Hubert.

    >Mais cette discrète reprise – validée par le tribunal des activités économiques d’Évry – est entachée de plusieurs zones d’ombre. D’abord, Keprea a racheté le site de Dole pour une bouchée de pain : seulement 75 000 euros, dont 10 000 euros pour trois brevets. C’est dix fois moins que la valorisation des actifs de l’usine de Dole (818 000 euros), réalisée par un commissaire de justice après le dépôt de bilan.

    >Keprea a par ailleurs conclu en 2025 un très étrange contrat de sous-traitance. Ÿnsect, pourtant à l’agonie financièrement, lui a versé jusqu’à sa liquidation pas moins de 30 000 euros par semaine, pour une production que l’usine de Poulainville aurait très bien pu effectuer elle-même si elle avait fait fonctionner ses machines. 

    C’est incroyable. Et assez beau aussi. Les tueurs de la bête lui soutirent ses derniers litres de sang pour engraisser le repreneur, qui est aussi les tueurs.

    J’ai soufflé tellement de fois en lisant cet article. 750 000 000 de fonds levés dont près de 200 000 000 d’euros publics. C’est une absolue dinguerie.

  7. 200 m€ d’argent public et donc 450 m€ de fonds privés. Le titre est donc trompeur.

    On ne peut pas, comme l’OP, venir pleurer sur la souveraineté de la France, et se scandaliser systématiquement lorsque certaines startups qui ont reçu des subventions se plantent. C’est le principe des appels à projets BPI : aider beaucoup de projets très tôt pour que certains deviennent de maillons industriels clés. C’est normal que certaines se plantent.

    Du reste, les 650 m€ ont permis de construire une usine et de payer des gens.

  8. Iconoclazteque on

    Une start up peut échouer, grosse nouvelle !

    Sinon un vrai travail de journaliste consisterait à prendre l’ensemble des subventions versées à ces fameuses start up et regarder globalement si l’état si retrouve via bpifrance ou si c’est un échec, mais ça se comprend, créer une narrative à partir d’un fait divers c’est plus vendeur et bonus ça demande même pas de faire son travail de journaliste correctement.

  9. # Ÿnsect, une catastrophe industrielle emblématique de la « start-up nation » boostée à l’argent public
    *Mathias Thépot*

    Quand il a été embauché en 2022 par la start-up agro-industrielle Ÿnsect pour travailler dans une mégaferme-usine d’élevage de larves de scarabées à Poulainville (Somme), Christophe, ouvrier âgé de 45 ans, était convaincu que ce nouveau boulot lui permettrait « d’aller jusqu’à la retraite ».

    Cet ancien de Whirlpool (dont le naufrage en 2017 a été le symbole de la désindustrialisation de la région) et des deux repreneurs successifs, qui ont eux aussi capoté, voyait dans l’arrivée de ce nouveau projet une opportunité inespérée.

    « Une création d’usine, c’était magnifique pour nous qui avions vécu la fermeture de Whirlpool. En plus, Ÿnsect nous vendait des carnets de commandes pleins et tout un tas de brevets déjà validés. Ça paraissait obligé que ça marche », ajoute-t-il. Hélas, « c’est tout l’inverse qui s’est passé », regrette Hadrien, conducteur de ligne et dernier secrétaire du comité social et économique (CSE) d’Ÿnsect. « La direction a dilapidé un pognon de dingue sans qu’on ait jamais rien vendu », peste-t-il.

    Ÿnsect, qui a compté jusque 287 salarié·es en CDI, dont 120 à Poulainville, a en effet accumulé les pertes : 265 millions d’euros entre 2016 et 2023, dont 36 millions en 2021, 90 millions en 2022 et 80 millions en 2023. Rédhibitoire. En décembre 2025, la liquidation judiciaire a été prononcée par le tribunal des activités économiques d’Évry.
    Site de la ferme verticale d’Ÿnsect, en 2021, basée à Poulainville, à côté d’Amiens dans la Somme. © Photo Lucie Weeger / Mediapart

    À Poulainville, tout le monde a été remercié. « J’en suis à mon quatrième licenciement économique en seulement sept ans. Ça fait quand même mal », glisse Christophe. Malgré « trente ans d’usine » derrière lui, il a « le léger sentiment de [s]’être fait berner ».

    Il a de quoi. Les documents confidentiels que Mediapart a consultés – certains ont été divulgués par le média Vakita dans une longue enquête vidéo – montrent l’incroyable gabegie d’argent public de ce projet pharaonique, dans lequel les dirigeant·es d’Ÿnsect, les élites politiques et les grands argentiers du pays se sont montrés totalement déconnectés de la réalité économique et humaine du projet.

    Le président et cofondateur d’Ÿnsect en 2011, l’ingénieur agronome Antoine Hubert, a en fait vu beaucoup trop grand. Pensant que la production de la petite usine prototype d’Ÿnsect, située à Dole dans le Jura, pourrait se généraliser à grande échelle, il a imaginé à la fin des années 2010 un projet de mégaferme verticale de 36 mètres de haut sur une parcelle agricole de 45 000 mètres carrés.

    Son objectif : produire des centaines de milliers de tonnes d’engrais et d’ingrédients protéinés (huile et farine) à partir des larves du ténébrion meunier (Tenebrio molitor, un coléoptère) pour l’alimentation animale, principalement des poissons, et la culture végétale.

    « Beaucoup nous incitaient en 2016-2017 à aller construire notre usine aux États-Unis où le capital y est abondant et l’état d’esprit entrepreneurial incomparable, mais nous avons voulu rester alignés avec nos valeurs et démontrer qu’on pouvait faire une usine de grande ampleur en France », explique à Mediapart Antoine Hubert (ses réponses sont à retrouver en intégralité en annexes).

    La transformation des larves de coléoptères en nourriture constituait selon lui « une solution naturelle, saine et durable », alternative au soja génétiquement modifié. Entre autres éléments de langage, Ÿnsect affichait aussi « qu’un kilo de vers de farines de type molitor » contenait « autant de protéines qu’un kilo de viande de bœuf ».

    ####Gabegie d’argent public

    Il n’en fallait pas davantage pour susciter l’emballement de l’exécutif macroniste, prêt à sortir le carnet de chèques dès lors qu’on lui parle de projet « disruptif » et « innovant ». Le 6 mai 2021, trois membres du gouvernement sont venus inaugurer à Poulainville le chantier de la mégaferme, baptisée Ÿnfarm : Julien Denormandie (agriculture), Barbara Pompili (transition écologique) et Cédric O (transition numérique).

    Les trois ministres estimaient alors que le projet était « porteur de dynamiques sociales fortes au service des territoires », et symbolisait « le succès des start-up françaises et leur rôle dans la réindustrialisation de la France, la création d’emplois pérennes et l’émergence d’innovations sociale et environnementale ».
    Les ministres Cédric O, Barbara Pompili et Julien Denormandie avec Antoine Hubert, fondateur de Ÿnfarm, lors de la cérémonie d’ouverture de la ferme verticale, à Poulainville (Somme), en mai 2021.

    Les investisseurs n’ont pas échappé à la béatitude généralisée : Ÿnsect a levé un total de 650 millions d’euros de fonds (dont 300 millions d’euros en capital et le reste en dette), selon nos calculs réalisés à partir des comptes sociaux et de documents confidentiels.

    La puissance publique a également mis la main à la poche. Toujours selon nos calculs, Ÿnsect a perçu au moins 170 millions d’euros de soutiens publics, dont 130 millions d’euros de la seule Bpifrance, pourtant réputée proche de ses sous, et dont le directeur général, Nicolas Dufourcq, critique pourtant quotidiennement dans les médias « l’État-providence galopant » (BFMTV), ou « la course folle des déficits sociaux » (France Inter).

    Selon un document financier confidentiel que Mediapart s’est procuré, la banque publique d’investissement a octroyé pour 82,2 millions d’euros de prêts obligataires – convertibles en actions – à Ÿnsect. En recoupant avec les comptes sociaux, on peut déduire que Bpifrance a aussi accordé un total de 20,5 millions d’euros de prêts et avances bancaires à l’entreprise et qu’elle y a injecté environ 30 millions d’euros de capital. En 2024, Bpifrance était actionnaire à hauteur de 13,6 % d’Ÿnsect et comptait deux représentants au conseil d’administration.

    Contactée par Mediapart, Bpifrance (dont les réponses sont aussi à retrouver en intégralité en annexes) précise, sans démentir les chiffres, que « comme tout projet de réindustrialisation d’envergure, celui-ci comportait des risques élevés et a fait face à un alignement particulièrement défavorable de facteurs [qu’elle] n’av[ait] pas anticipés dans de telles proportions », sur les plans « conjoncturel », « industriel et réglementaire ».

    Pour calculer la note totale pour les financements publics du projet Ÿnsect, il faut ajouter 15 millions d’euros de subventions de l’Union européenne, 6 millions d’euros de l’État dans le cadre d’un financement de la dernière chance en 2025, un peu plus de 7 millions d’euros de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), coactionnaire de la société civile immobilière qui possède le foncier de l’usine de Poulainville, 2 millions d’euros de subventions de l’Agence de la transition écologique (Ademe), 2,5 millions d’euros de soutiens des collectivités locales, et près de 5 millions d’euros de crédit d’impôt recherche (CIR) dans les années 2010. Vertigineux.

    Mais c’est peu dire que ces centaines de millions d’euros injectés n’ont pas ruisselé sur l’activité d’Ÿnsect. Entre 2016 et 2023, la start-up a réalisé un chiffre d’affaires famélique provenant de ses ventes de produits finis à base de larves : seulement 2,1 millions d’euros en cumulé, pour un maximum de 656 000 euros en 2023. 220 000 euros par an en moyenne, c’est moins qu’une boulangerie de quartier ! Au point que la masse salariale – cotisations sociales comprises – représentait en 2023… trente-huit fois le chiffre d’affaires, comme l’a mentionné le média Cafétech.

    « En fait, on n’a jamais rien vendu car, contrairement aux promesses, il n’y avait tout simplement pas de marché », regrette Anne*, opératrice de ligne de production dans l’usine de Poulainville. Un document de l’administrateur judiciaire rédigé après le dépôt de bilan d’Ÿnsect confirme d’ailleurs « que la commercialisation de larves » a été « anecdotique » durant son existence.

    Avec le recul, Antoine Hubert concède que « s’il y a une erreur fondamentale à retenir, c’est celle d’avoir dimensionné le site d’Amiens pour le marché de l’alimentation des poissons, surtout les saumons d’élevage », un marché déjà mature pour lequel les prix étaient très compétitifs. Le succès aurait toutefois pu arriver, selon lui, s’ils ne s’étaient « concentrés dès le début que sur le marché de la nourriture pour les animaux de compagnie, [leurs] farines s’y vendant deux à trois fois plus cher qu’en aquaculture ».

    Et sur le mini-chiffre d’affaires réalisé par Ÿnsect, son cofondateur objecte à Mediapart qu’il « est inadapté, voire malhonnête, de regarder le chiffre d’affaires d’une start-up industrielle. Ce n’est pas une société logiciel […]. En industrie, il faut d’abord financer des usines avant d’être en capacité de vendre quelque chose. Les conceptions mettent plusieurs années, les constructions plusieurs années, les démarrages plusieurs années. » Soit au total « plus de dix ans ».

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