In a vocational high school, “Live my life as an inmate” workshops degenerate into a fight club

https://www.mediapart.fr/journal/france/111125/dans-un-lycee-professionnel-des-ateliers-vis-ma-vie-de-detenu-degenerent-en-fight-club

Posted by Folivao

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12 Comments

  1. **Organisé le 6 novembre au lycée professionnel Michelet à Fontenay-sous-Bois, un « rallye citoyen » a mis les élèves dans la peau de détenus se battant contre les surveillants pénitentiaires. Plusieurs ont été blessés. Une enquête a été ouverte par le rectorat.**

    Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne).– Y a-t-il eu une sortie de route, lors du « rallye citoyen » organisé jeudi 6 novembre au lycée professionnel Jules-Michelet à Fontenay-sous-Bois ? Selon le rectorat de Créteil, l’initiative consiste à « développer l’esprit de défense » dans les établissements scolaires. Ces ateliers sont organisés par le « trinôme académique » qui rassemble, sous l’autorité du recteur, les autorités militaires territoriales et le président de l’association régionale des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).

    Durant toute cette journée, les élèves de seconde, de première année de CAP, et des troisièmes « découverte professionnelle » ont assisté à des ateliers de promotion des métiers de la défense. Parmi eux, des présentations de métiers classiques, des expositions historiques… mais aussi un stand de tir au laser avec des répliques de fusils d’assaut. Ou encore un atelier animé par les équipes locales de sécurité pénitentiaire (ELSP) de Fresnes, au cours duquel les élèves étaient invités à se glisser dans la peau de détenus, « pour vivre le quotidien d’un surveillant de pénitencier ».

    Selon nos informations, des débordements sérieux ont été commis à cette occasion. Le rectorat de Créteil, questionné sur la situation par Mediapart, a ouvert une enquête administrative.

    **Pompes et plaquage au sol**

    « D’abord, les élèves ont été invités à vider leurs poches de leur portable et écouteurs sur une table, comme s’ils entraient en prison, raconte Maëlle, enseignante sollicitée pour encadrer l’atelier. Ensuite, on s’est mis en cercle. “Le quotidien d’un détenu, en prison, c’est de faire du sport. Donc mettez-vous par terre, et faites des pompes”, ont ordonné les ELSP. Une équipière a appuyé sur le dos d’un élève avec sa matraque. Ceux qui ne parvenaient pas à faire les pompes devaient en faire plus. »

    Les équipiers de la pénitentiaire ont présenté ensuite leur matériel de protection – casque, protège-tibias, bouclier –, invitant un élève à les enfiler, puis sommant deux autres de donner des coups de matraque, des coups de pied « chassés » et des coups de poing dans le bouclier. « L’objectif était de prouver la puissance des forces de l’ordre », explique Maëlle.

    « Alors qu’un élève tapait de toutes ses forces sur le bouclier, les deux équipiers se sont regardés et, par surprise, l’ont plaqué au sol, l’ont menotté face contre terre puis l’ont plaqué au mur comme pour une fouille au corps », continue l’enseignante. Avant de conclure : « À la fin, deux des élèves s’étaient blessés, le bouclier était maculé de sang. »

    Une fois l’atelier terminé, Maëlle conduit les élèves rincer leurs plaies en salle des professeur·es. Elle y croise la collègue à l’origine de la journée, par ailleurs présidente de l’Association des professeurs d’histoire-géographie de l’académie de Créteil. En état de choc, Maëlle lui demande de mettre fin à ces ateliers violents.

    Alors que sa collègue l’ignore (voir en boîte noire), la professeure s’adresse directement au proviseur du lycée, en lui montrant les vidéos qu’elle a filmées. Il s’engage à demander aux ELSP d’être moins violents. L’enseignante questionne ensuite directement les surveillants pénitentiaires quant à leurs objectifs pédagogiques. Elle raconte : « Ils m’ont expliqué que leur but était de montrer qu’il ne servait à rien de s’opposer aux forces de l’ordre, car ces dernières auraient toujours le dessus. » Questionné sur le comportement de ses agents, le ministère de la justice ne nous a pas répondu.

    Professeur de biotechnologie du lycée, Corentin raconte la suite de l’histoire. « Quand Maëlle a essayé de nous alerter, sur l’heure de midi, je n’ai pas trop compris, dit-il. Je n’étais pas prêt à la situation lunaire à laquelle j’ai assisté à 16 heures… »

    **Applaudissements… et gêne**

    Dans la cour de récréation, déjà, l’enseignant entend parler de « corps-à-corps avec la police ». Puis, quand il arrive à l’atelier, il voit « les élèves qui s’étaient monté la tête toute la journée » et « n’avaient qu’une envie : en découdre avec les forces de l’ordre ». Corentin explique : « Les plus excités ont été invités à participer à leur mise en situation. Derrière le bouclier, ils ont ordonné à celui qui jouait le détenu : “Sortez de votre cellule !” Le jeune a répondu “non” deux fois. »

    Les équipiers lui ont alors donné un premier coup de bouclier, qui l’a fait reculer « de deux mètres » selon l’enseignant, encore marqué : « On était dans un petit recoin du hall du lycée, avec des marches, c’était hyper dangereux. »

    Il poursuit son récit : « L’élève est entré dans une rage folle, se débattant à 10 000 %. Au début, les autres élèves étaient surpris. Puis s’est instauré un sentiment de gêne. Les équipiers ne parvenaient pas à le maîtriser, malgré les multiples clés de bras et de jambe. Un quatrième équipier est entré dans la mêlée pour parvenir à menotter l’élève. »

    Situation tragicomique : « Quand ils l’ont relevé, il était totalement euphorique, suffoquant, marqué au visage, le pantalon sur les genoux et une chaussure en moins », achève Corentin. « Et là, les élèves autour se sont mis à applaudir… Ils m’ont dit que c’était le meilleur jour de l’année. »

    Interrogés par Mediapart pendant la pause déjeuner, vendredi 7 novembre, la tonalité des élèves est plutôt la même. Booba (prénom d’emprunt), en première année de CAP électricité, raconte : « Les gars du centre pénitentiaire, ils faisaient un peu les nerveux. Ils ont fait comme s’ils nous mettaient des menottes, mais ils étaient pas sérieux, on rigolait avec eux. Moi, ils ont essayé de me mettre à terre mais ils n’ont pas réussi, c’est la dame qui m’a mis un crochepatte, et je suis tombé », souligne l’élève.

    Plus loin, Ibrahim, 15 ans, fait la queue au Velar, le fast-food de poulet du coin où vont se restaurer les élèves. Il a trouvé la journée « super intéressante ». « On a découvert des métiers qu’on peut faire sans diplôme, avec un bon salaire. Un membre de la Légion étrangère nous a dit qu’il avait gagné 18 000 euros pour une mission en Guyane. Comme on est franco-étranger, on peut rejoindre leur base », rapporte-t-il.

    Puis le garçon disserte, non sans ironie : « C’était bien de tirer dans une cible avec un pistolet laser, ça nous apprend à défendre, à viser, pour représenter la France en cas d’attentat. Après, on est des racailles, madame, donc on va pas dire non à la violence, c’était plutôt cool de se défouler sur eux. C’étaient des sensations sans sanctions. » Son atelier préféré reste celui de la prévention routière, durant lequel il a essayé des lunettes 3D simulant une conscience altérée par le cannabis.

    **Visite officielle et remerciements**

    Au lendemain des faits, Maëlle dépose un signalement sur le registre de santé et de sécurité au travail. Corentin, lui, a demandé à être reçu par le proviseur, avec qui il a eu une discussion. « Il y aurait pourtant tant de choses à dire sur le métier de surveillant de prison. C’est aussi un métier humain, de lien avec les détenus. Nous sommes dans un lycée où 80 % des élèves sont des garçons. Toute l’année, on se bat pour qu’ils s’expriment autrement que par la violence. Et là, on leur dit : allez-y, défoulez-vous. »

    La pilule est d’autant plus amère que Maëlle est co-référente de la mission de lutte contre le harcèlement scolaire, dont la journée nationale tombait justement le 6 novembre. Les enseignant·es ont dû déplacer leurs activités pour laisser la place à la journée de promotion des métiers de la défense.

    L’enseignante à l’origine du rallye citoyen s’est fendue d’un mail à ses collègues : « Grâce à vous, cette journée a été une vraie réussite : les élèves ont beaucoup apprécié les ateliers, l’ambiance, les découvertes […] Ils en redemandent ! » Le proviseur a quant à lui envoyé un message pour remercier les organisateurs des actions contre le harcèlement… comme ceux du rallye citoyen, sans mentionner les incidents.

    Le rallye citoyen avait aussi eu les honneurs de la visite du recteur, du sous-préfet de Nogent-sur-Marne, et du maire de Fontenay-sous-Bois. « Je n’ai assisté qu’à la présentation du matériel de protection par trois agents pénitentiaires […]. Si les faits que vous rapportez sont avérés, ils sont choquants et questionnants », nous a répondu l’édile Jean-Philippe Gautrais. Sébastien Humbert, le sous-préfet, ne nous a pas répondu.

    Saisie par les enseignant·es, Périne De Araujo, secrétaire générale de la CGT Educ’action 94, commente : « Nous sommes en désaccord avec la place croissante prise par les questions de défense dans les programmes et la vie des établissements scolaires, et constatons que l’armée vient recruter dans les établissements des élèves en grande précarité, et de plus en plus tôt. »

    Mais le « passage à l’acte » lui semble encore plus choquant. « Il n’y a rien, rien qui justifie qu’on demande aux élèves de taper. » Le syndicat s’est enquis auprès du rectorat des établissements dans lesquels les prochains « rallyes citoyens » seraient désormais programmés.

  2. BeginningNeither3318 on

    bizarrement, ce genre d’animation n’aura jamais lieu à l’école alsacienne hein

  3. Jamais vu un titre aussi putaclic qui ne reflète pas la réalité de l’article, j’aime beaucoup Mediapart mais là c’est clairement pas le meilleur choix de mots

  4. SowetoNecklace on

    Oh ma ville <3

    Ya absolument rien qui va dans cette histoire. Le but avoué complètement dystopique de “démontrer que ça ne sert à rien de s’opposer aux fdo”, mais qui finit quand même à quatre contre un sur un lycéen remonté (… Plutôt proche de la réalité donc), le fait que ça finisse par glorifier le mec qui s’oppose – on n’est pas français pour rien putain ! – ou le fait qu’au final les gamins ont bien retenu la leçon qu’on peut être payé pour taper sur des gens.

    Et puis, je sais pas si je lis trop entre les lignes, mais le sous-entendu de mépris de classe de faire ça dans un lycée pro me paraît savoureux. “Bon les sous-doués, on sait que vous allez finir dealers donc voilà comment il faut se préparer à finir au mitard :”

  5. Oh bah tiens, qui aurait pu prédire qu’en humiliant et en violentant sans raison des ados ça allait les énerver au lieu de les calmer ?

    Ces petits génies de matons ont démontré malgré eux que c’est les forces de l’ordre qui imposent le niveau de violence dans un affrontement.

  6. Il faudrait un tag plus visible pour les articles du gorafi j’ai encore faillit me faire avoir.

  7. … je suis plus que sidéré, je regarde le mur dans le vide, là.

    Je trouvais que Rigouste y allait un peu trop loin dans son analyse de la police il y a dix ans, mais en fait il avait raison sur TOUTES les FDO, en incluant la pénitentiaire.

    On n’a pas le cul sorti des ronces.

  8. La mentalité coloniale en banlieue parisienne c’est quelque chose. Le jeune qui a bien intériorisé qu’il est une racaille (une sous-classe, voir une sous-personne) et que c’est totalement normal de vivre dans la violence, que la violence de l’État est normale envers lui et sera non sanctionné.

    Hallucinant.