En général, je ne partage plus un article en entier pour respecter le travail journalistique et inviter à l’abonnement, mais l’histoire est ignoble. L’article est à mettre en parallèle avec une enquête (*[L’intense lobbying de FondaMental, fondation privée devenue incontournable en psychiatrie](https://www.mediapart.fr/journal/france/280326/l-intense-lobbying-de-fondamental-fondation-privee-devenue-incontournable-en-psychiatrie)* – Des « centres experts » en psychiatrie se développent dans les hôpitaux publics français. Leur promesse : diagnostiquer les patients en deux jours. Derrière cette approche controversée se trouve FondaMental, une fondation privée aux relais politiques nombreux.).
> « Ma mémoire est un gruyère, pleine de trous. Les médecins m’ont dit qu’elle allait revenir. Cela fait cinq ans et demi que j’attends. Je porte le poids de ce vide. Je me reconstruis comme un puzzle, avec les souvenirs des autres, des musiques, des photos, des vidéos. » Géraldine a 32 ans. À 24 ans, elle a été prise en charge pendant dix-huit mois, entre juin 2018 et avril 2020, par le service des troubles de l’humeur du CHU de Grenoble.
>
> Elle est entrée dans ce service par son centre expert des troubles bipolaires, dirigé par le professeur Mircea Polosan. Ce dernier appartient au réseau FondaMental, une fondation à but non lucratif de droit privé, qui a pour mission de développer une psychiatrie dite « de précision » à travers ses centres experts (lire notre enquête ici).
>
> Diagnostiquée bipolaire – un état psychique qui alterne des phases maniaques, d’hyperactivité ou d’euphorie, et dépressives –, elle est venue y faire un premier bilan en 2018. Pendant deux jours, elle passe de nombreux tests et répond à plusieurs questionnaires. Son diagnostic de bipolarité de type 1 est confirmé. Deux autres bilans ont été réalisés en 2021 et 2022. Leurs comptes rendus font état d’une grave dégradation de son état psychique.
>
> En juin 2018, Géraldine, qui vit alors avec son compagnon, « en bonne entente », a 24 ans, étudie en troisième année de psychologie et prévoit de valider sa licence l’année suivante. Elle est décrite en phase « hyperthymique » : elle pense et parle vite, a des projets, elle est de très bonne humeur, mais rien d’anormal – pas de « critère de gravité », écrivent les médecins. Ils lui conseillent cependant de « rester vigilante », ce dont Géraldine est « bien consciente ».
>
> Quatre ans plus tard, en avril 2022, le bilan est bien plus sombre : il décrit une jeune femme désormais en « échec scolaire », dont « le fonctionnement global est altéré dans plusieurs dimensions ». Elle a des « difficultés majeures de remémoration des souvenirs anciens ». En décembre 2021, elle « a fait une tentative de suicide par IMV [intoxication médicamenteuse volontaire – ndlr] à la suite de la séparation avec son compagnon ».
>
> Entre ces deux bilans, Géraldine a été traitée par électroconvulsothérapie (ECT) – des séances d’électrochocs. Une pratique « en plein essor », se félicite par exemple l’Académie de médecine en France. L’institution affirme que c’est le « traitement le plus efficace des états dépressifs sévères, avec jusqu’à 80 % de réponses et 60 % de rémissions ».
>
> L’enthousiasme pour les ECT n’est pas général. D’un point de vue scientifique, le mécanisme d’action de l’ECT reste inconnu. L’objectif est d’obtenir une « crise convulsive », semblable à une crise d’épilepsie, de quelques secondes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport sur la santé mentale, estime qu’il existe « d’importantes controverses » sur son efficacité et ses risques. L’OMS insiste sur l’impératif d’un « consentement libre, écrit et éclairé », en particulier sur « les risques à court ou long terme de perte de mémoire et de dommages cérébraux ».
>
> « Je considère qu’ils m’ont volé ma vie », affirme Géraldine. Pour elle, les électrochocs débutent à l’occasion d’une hospitalisation en août 2018, à la suite d’une tentative de suicide avec des médicaments. Géraldine alterne alors très rapidement les phases maniaques ou hypomaniaques et dépressives. Les médecins n’arrivent pas à trouver le bon équilibre de médicaments pour la stabiliser. Le service de psychiatrie de Grenoble décide alors de tenter autre chose.
>
> Géraldine ne se souvient pas d’avoir consenti aux séances d’ECT, et ne trouve pas de mention de ce consentement dans son dossier médical. Le CHU de Grenoble assure que c’est un simple problème de « numérisation ». Son ami Sol se souvient pour elle : « Elle disait qu’elle était prête à le faire, parce qu’elle avait tout essayé et qu’elle n’en pouvait plus. Elle avait beaucoup d’espoir. »
>
> Mais ces « cures » d’ECT s’avèrent très intensives, à tous niveaux. D’abord par leur durée : dix-huit mois, au rythme de deux à trois fois par semaine dans un premier temps, puis une fois tous les sept à dix jours ensuite. Géraldine reçoit sous anesthésie générale des chocs électriques transmis par deux électrodes, placées sur ses deux tempes. En tout, il y a eu quatre-vingt-cinq séances pendant lesquelles lui ont été administrées une mais plus souvent deux impulsions électriques. À de nombreuses reprises, elle reçoit la charge électrique maximale de 1 152 millicoulombs (mC).
>
> Depuis, la jeune femme n’a plus de souvenir de son frère, mort peu après sa cure d’électrochocs. Elle ne se souvient pas des premiers mois de vie de son berger des Shetland aux yeux vairons qui l’accompagne partout. Elle ne sait plus pourquoi ses ami·es sont ses ami·es.
>
> Géraldine a décidé de témoigner pour ne pas rester un simple « dommage collatéral de la médecine » : « Je suis un être humain. On ne peut pas faire n’importe quoi avec le cerveau des gens. »
Wilkham on
La psychiatrie en France. Elle n’a pas changer.
Et je rajouterai qu’en plus être retardataire elle est sous-financé.
MiisterMine on
D’ici ça ressemble à faire une saignée pour purger le corps des mauvaises humeurs
Terrible ce qui est arrivé à cette femme
C11608kbs on
C’est de la torture non ?
Quelle différence entre ce traitement qu’on poursuit jusqu’à ce que ça marche ? Et dont on accuse le patient, l’environnement, la famille d’un eventuel échec ?
C’est ni plus ni moins qu’une trépanation 2.0. C’est enrobé dans une belle terminologie sauce 2026 mais ca n’est qu’une merde obscurantiste.
Kofipita on
“Et vous m’enleverez les trompes de l’hystérique de la 13, on ne voudrait pas qu’elle se reproduise”. Party like it’s 1897.
realusername42 on
Ça existe encore en France ce truc ?? On se croirait dans un récit d’Albert Londres
Hellodie_W on
La pauvre, j’espère qu’elle réussira à se reconstruire et à être un peu heureuse un jour…
ShokaLGBT on
Je le dis souvent mais la psychiatrie est vraiment dans un autre monde… j’ai un psychiatre parfois il dit des trucs complètement lunaire. Tous les psy que j’ai vu beaucoup presque tous on été problématique et on eu des discours inapproprié m’obligeant à changer. Ça m’étonnes pas qu’il y ai encore ce genre de pratique barbare
MakiKata59 on
Les com sont idiots avec la sismothérapie mais c’est une technique qui a une certaine efficacité, et réservée qu’en cas d’échec des autres thérapies, et c’est sous anesthésie générale. Je ne sais pas par contre si c’est un effet indésirable possible (comme tout traitement a ses risques) ou si c’est un excès de séances.
Nayanea on
Attention, se méfier du titre sensationnel…
Les électrochocs ou ECT existent toujours en France effectivement mais rien à voir à l’idée qu’on pourrait s’en faire ou de ce qu’on voit dans les films.
Déjà il faut bien entendu l’accord du patient, c’est prouvé qu’il y a une efficacité et c’est supervisé par un anesthésiste pour qu’il y ait aucune douleur. C’est réservé aux dépressions ultra résistantes aux traitements médicamenteux et pour avoir travaillé trois ans en hôpital psy parfois c’était notre seule solution pour des patients en grande souffrance psychique.
Comme tout traitement il n’y a pas de risque zéro et c’est terrible ce qui est arrivé mais il faut nuancer le propos sur cette méthode car en s’arrêtant au titre et sans connaître la psychiatrie on dirait qu’on a torturé quelqu’un ce qui n’est pas le cas.
Accurate-Engine-8505 on
Article putaclic, on prend un exemple malheureusement terrible pour tout stigmatiser. L’ECT donne de bons résultats, ce n’est pas de la première intention, c’est sous AG et on ne “grille pas le cerveau” et pas mal de pays l’utilisent. Je défends cette pratique car c’est une option. Et en tant que patient, j’ai intérêt à défendre des options car les médicaments en psychiatrie ne sont pas très jolis non plus. Le problème de la psychiatrie en France ce n’est pas les pratiques, c’est le manque de praticien.
DidIStutter_ on
Je ne défends absolument pas ce qui s’est passé pour cette patiente mais la sismothérapie c’est connu pour fonctionner, c’est utilisé en dernier recours et sous anesthésie générale.
Ça a très bien fonctionné sur un membre de ma famille mais le nombre de séances n’avait rien à voir avec 85. Donc en effet il y a de quoi s’interroger pour la patiente de l’article mais c’est pas une raison pour mettre la sismothérapie à la poubelle.
Avant que les gens ici continuent à comparer ça à une pratique barbare ou de la saignée.
FritillairePintade on
Alors l’article est glaçant et son histoire terrible, mais à titre personnel je peux témoigner que pour ma mère bipolaire, ce traitement l’a sortie du trou. Mais vraiment. Elle avait au préalable passé 6 mois en HP dans un état indicible (épisodes catatoniques, mutisme total, zéro autonomie. un fantôme/zombie c’était horrible). Le traitement a eu lieu sur plusieurs semaines, je dirais une quinzaine de séances. C’était il y a plus de 20 ans, on nous a expliqué qu’on ne savait pas trop comment cela fonctionnait, un genre de reboot du cerveau, mais que c’était utilisé en dernier recours (à cause des anesthésies générales notamment). Effectivement elle a eu des soucis de mémoire immédiate pendant l’année suivante, mais cela lui a quand même permis de revenir à la vie et ensuite ça s’est amélioré. Je vous assure que sans ça je ne sais pas ce qui aurait pu se passer. Aujourd’hui elle est très bien suivie et à peu près stabilisée, il y a bien sûr eu d’autres épisodes mais rien d’aussi extrême. Elle est autonome et mène une vie paisible.
Je trouve qu’il y a beaucoup de fantasmes sur la psychiatrie en France. Alors oui la situation est catastrophique à l’image de l’état du service public, de l’hôpital, oui c’est une spécialité chroniquement sous dotée. Mais il faut arrêter avec l’image du méchant psychiatre qui veut mettre tout le monde sous camisole chimique.
Wilkham on
Je me souviens de ce poste.
Est-ce elle ? En tout cas cela y ressemble beaucoup. Encore des électrochoc qui font perdre la mémoire.
Quelqu’un a déjà archivé l’article ou pas ? (Besoin d’un lien)
Kebrenefrone-4602 on
On se croirait revenu à lente des lobotomies
Honest-Yak4584 on
Fake new!!!!
Vibius on
Ou à minima l’efficacité des l’ECT tiens de l’aléatoire et de la science pathologique expliquant la croyance de nombreux commentaires dans leur efficacité ou bien il y a une forme d’astroturfing dans les coms’ de ce post.
Répétez tant que vous voulez que ça fonctionne si vous voulez. Démontrez nous plutôt sérieusement le bien fondé des ECT.
Bobardeur on
Qui aurait pu le prédire !?
DearNymph on
La psychiatrie n’avait vraiment pas besoin d’un article à charge débile contre les ECT. Je n’ai aucun avis sur cette situation spécifique mais l’utiliser comme une illustration du manque d’efficacité d’une technique qui a fait ses preuves depuis longtemps est tout à fait nuisible.
Epholys on
Ok, alors j’ai cherché les sources, parce que je trouve l’article de mediapart particulièrement biaisé.
> However, the 79 patients in the three Trusts that used all seven points of the scale reveal a more nuanced picture: 15.2% ‘very much improved’, 27.8% ‘much improved’, 44.3% ‘minimally improved’, and 12.7% ‘no change’. Thus, the majority (57%) showed either no change or only minimal improvement.
Donc déjà, on est pas dans les “30 % estiment que l’ECT leur a été assez ou très utile” de l’article de Mediapart, en citant la source que l’article a lui-même suggéré.
Si on suppose que le 30% vient d’ailleurs, la différence provient probablement du fait que la médecin est une sujet d’étude hyper compliqué, beaucoup de papiers se contredisent sur pas mal de chose. Encore plus sur la psychiatrie, là c’est la foire. Les patient.e.s sont toustes radicalement différent.e.s, les variations dans l’état plus l’effet placebo sont hyper compliqués à gérer sans des stats poussés qui nécessitent énormément de patient.e.s pour être cohérent.
Et même si le 30% est vrai, et bien c’est faible mais pas tant que ça. Wikipédia (EN) dit que les antidépresseurs c’est 50% d’efficacité. On a vu mieux. Et pareil, les chiffres sont dans tous les sens quand tu prends d’une étude à l’autre
—
Ensuite, concernant le “le mécanisme d’action de l’ECT reste inconnu”… Et bien c’est courant en médecine. L’anesthésie générale, on ne sait pas comment ça marche. Même le Doliprane, on sait pas comment ça marche.
—
Ensuite, l’article parle d’un unique cas. Qui est certes particulièrement affreux oui, je ne le nie pas, ça doit être vraiment horrible d’avoir perdu sa mémoire comme ça.
Mais d’un autre côté… Et bien c’est un unique cas. Il y a plein de personnes avec des effets négatifs moindres, même si la thérapie marche pas. Il y en a plein d’autre sur qui ça marche. On le voit dans les témoignages dans les commentaires.
Ensuite, ça doit **normalement** être une thérapie de dernier secours, avec surtout un **consentement éclairé**. Les risques sont présents et réels. Et quand je dis “dernier secours”, et bien je vais être particulièrement franc, c’est que si on ne fait pas cette thérapie, il y a de fortes chances que le malade meurt. Probablement en s’ôtant la vie.
Et “électrochoc”, ça fait peur, on a l’imaginaire des films, d’où la réaction épidermique de plein de personnes. La réalité, c’est pas ça.
—
Par contre, là où je suis d’accord, c’est l’état déplorable de la psychiatrie en France. Manque de médecin, moyens ridicules, abus de pouvoir et de faiblesse, pratiques barbares… Et dans ce cas, consentement douteux concernant l’accord pour réaliser cette thérapie, en plus du fait que la modalité de la thérapie semble extrême. Je pourrais en parler longtemps, mais là je fatigue.
Sans compter le stigma dans la société en général sur les handicaps et maladies psys.
—
**TL;PL : L’article parle d’une unique personne . Les chiffres donnés sont hors-contexte et même pas ceux le médecin cité. Les données numériques en psychiatrie se contredisent tout le temps. “Mode d’action inconnu” : c’est courant, pareil pour le Doliprane. L’ECT doit être utilisé en dernier recours, dans le cas d’un danger sérieux (suicide). Pour cette personne, l’hôpital a sûrement merdé sur le consentement et la cure. En général, l’état de la psychiatrie en France est déplorable.**
dadout on
Si ca se trouve elle a perdu la mémoire avant les électrochoc.. comment savoir
Revolutionary_Put530 on
Bienvenue au 19eme siècle
Doblabla on
Je ne poste plus sur reddit par manque de temps, mais j’aimerai témoigner sur cette page.
J’ai subi 5 ECT en 2021 (cause gros pb familiaux et gros traumatismes qui faisaient que j’avais des comportement bizarres notamment refuge dans l’ésotérisme, ce qui a fait que la psy a cru que je délirais).
Il m’a fallu 3 ans pour retrouver des souvenirs oubliés (j’avais oublié énormément de moments positifs de ma vie dont mes souvenirs de troisième, les moments passés avec mon père de mes 8 à 11 ans), et aussi d’autres souvenirs, des noms d’amies, un chat que j’avais petite, et plein d’autres choses. Du coup je me suis éloignée de mon père à cause de ça car j’avais oublié bcp de moments avec lui…
Je ressentais aussi plus les émotions comme avant notamment j’étais plus capable de ressentir de la colère même devant des choses graves, et je n’avais plus réellement de sentiment d’ambition. Je n’arrivais plus aussi à ressentir de la tristesse même quand j’aurai dû, ou de la joie véritable.
J’avais des énormes maux de têtes chroniques. J’ai eu une grosse baisse de vitesse de traitement de l’information et des maux de tête quand j’étudiais.
On me diagnostiquait pas de “changement cognitif particulier”, car ces changements étaient visibles que dans le domaine intellectuel/universitaire, pas dans la vie de tous les jours.
4 ans après, ce qui reste, c’est que mes émotions et ma manière de ressentir est plus vraiment comme avant. Des fois, je ressens comme avant, des fois, c’est comme si je n’avais plus vraiment d’émotions. J’ai du mal à prendre des décisions à cause de ça. Je garde des problèmes de concentration et de migraines à l’effort ou quand je me concentre qui m’handicapent, que ce soit pour reprendre les études ou dans d’autres domaines comme conduire.
J’ai repris des études sélectives à côté d’un emploi environ 30h par semaine (emploi physiquement exigeant). Mais j’ai une hygiène de vie drastique. Je n’ai pas de vie et vraiment très peu de loisirs pour réussir à combiner tout cela. Je dois faire des pauses quand j’étudie à raison de 5 min toutes les 20 min sinon j’ai des migraines. Il m’a fallu adapter ma manière d’apprendre.
Il m’a fallu 3 ans pour retravailler et refonctionner normalement, pour que les migraines s’améliorent, avec une hygiène de vie et alimentation drastique. Jusqu’à 3 ans après les électrochocs, les gens de 70 ans de mon entourage avaient plus d’énergie que moi. Je m’endormais presque pendant les repas de famille.
Je n’ai eu QUE 5 électrochocs…
Je peine à imaginer 85.
Arlensoul_ on
les defenseurs de la psychiatrie font flipper, renseignez vous sur l’antivalidisme et l’anti psy parce que vous me foutez la gerbe
25 Comments
En général, je ne partage plus un article en entier pour respecter le travail journalistique et inviter à l’abonnement, mais l’histoire est ignoble. L’article est à mettre en parallèle avec une enquête (*[L’intense lobbying de FondaMental, fondation privée devenue incontournable en psychiatrie](https://www.mediapart.fr/journal/france/280326/l-intense-lobbying-de-fondamental-fondation-privee-devenue-incontournable-en-psychiatrie)* – Des « centres experts » en psychiatrie se développent dans les hôpitaux publics français. Leur promesse : diagnostiquer les patients en deux jours. Derrière cette approche controversée se trouve FondaMental, une fondation privée aux relais politiques nombreux.).
> « Ma mémoire est un gruyère, pleine de trous. Les médecins m’ont dit qu’elle allait revenir. Cela fait cinq ans et demi que j’attends. Je porte le poids de ce vide. Je me reconstruis comme un puzzle, avec les souvenirs des autres, des musiques, des photos, des vidéos. » Géraldine a 32 ans. À 24 ans, elle a été prise en charge pendant dix-huit mois, entre juin 2018 et avril 2020, par le service des troubles de l’humeur du CHU de Grenoble.
>
> Elle est entrée dans ce service par son centre expert des troubles bipolaires, dirigé par le professeur Mircea Polosan. Ce dernier appartient au réseau FondaMental, une fondation à but non lucratif de droit privé, qui a pour mission de développer une psychiatrie dite « de précision » à travers ses centres experts (lire notre enquête ici).
>
> Diagnostiquée bipolaire – un état psychique qui alterne des phases maniaques, d’hyperactivité ou d’euphorie, et dépressives –, elle est venue y faire un premier bilan en 2018. Pendant deux jours, elle passe de nombreux tests et répond à plusieurs questionnaires. Son diagnostic de bipolarité de type 1 est confirmé. Deux autres bilans ont été réalisés en 2021 et 2022. Leurs comptes rendus font état d’une grave dégradation de son état psychique.
>
> En juin 2018, Géraldine, qui vit alors avec son compagnon, « en bonne entente », a 24 ans, étudie en troisième année de psychologie et prévoit de valider sa licence l’année suivante. Elle est décrite en phase « hyperthymique » : elle pense et parle vite, a des projets, elle est de très bonne humeur, mais rien d’anormal – pas de « critère de gravité », écrivent les médecins. Ils lui conseillent cependant de « rester vigilante », ce dont Géraldine est « bien consciente ».
>
> Quatre ans plus tard, en avril 2022, le bilan est bien plus sombre : il décrit une jeune femme désormais en « échec scolaire », dont « le fonctionnement global est altéré dans plusieurs dimensions ». Elle a des « difficultés majeures de remémoration des souvenirs anciens ». En décembre 2021, elle « a fait une tentative de suicide par IMV [intoxication médicamenteuse volontaire – ndlr] à la suite de la séparation avec son compagnon ».
>
> Entre ces deux bilans, Géraldine a été traitée par électroconvulsothérapie (ECT) – des séances d’électrochocs. Une pratique « en plein essor », se félicite par exemple l’Académie de médecine en France. L’institution affirme que c’est le « traitement le plus efficace des états dépressifs sévères, avec jusqu’à 80 % de réponses et 60 % de rémissions ».
>
> L’enthousiasme pour les ECT n’est pas général. D’un point de vue scientifique, le mécanisme d’action de l’ECT reste inconnu. L’objectif est d’obtenir une « crise convulsive », semblable à une crise d’épilepsie, de quelques secondes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport sur la santé mentale, estime qu’il existe « d’importantes controverses » sur son efficacité et ses risques. L’OMS insiste sur l’impératif d’un « consentement libre, écrit et éclairé », en particulier sur « les risques à court ou long terme de perte de mémoire et de dommages cérébraux ».
>
> « Je considère qu’ils m’ont volé ma vie », affirme Géraldine. Pour elle, les électrochocs débutent à l’occasion d’une hospitalisation en août 2018, à la suite d’une tentative de suicide avec des médicaments. Géraldine alterne alors très rapidement les phases maniaques ou hypomaniaques et dépressives. Les médecins n’arrivent pas à trouver le bon équilibre de médicaments pour la stabiliser. Le service de psychiatrie de Grenoble décide alors de tenter autre chose.
>
> Géraldine ne se souvient pas d’avoir consenti aux séances d’ECT, et ne trouve pas de mention de ce consentement dans son dossier médical. Le CHU de Grenoble assure que c’est un simple problème de « numérisation ». Son ami Sol se souvient pour elle : « Elle disait qu’elle était prête à le faire, parce qu’elle avait tout essayé et qu’elle n’en pouvait plus. Elle avait beaucoup d’espoir. »
>
> Mais ces « cures » d’ECT s’avèrent très intensives, à tous niveaux. D’abord par leur durée : dix-huit mois, au rythme de deux à trois fois par semaine dans un premier temps, puis une fois tous les sept à dix jours ensuite. Géraldine reçoit sous anesthésie générale des chocs électriques transmis par deux électrodes, placées sur ses deux tempes. En tout, il y a eu quatre-vingt-cinq séances pendant lesquelles lui ont été administrées une mais plus souvent deux impulsions électriques. À de nombreuses reprises, elle reçoit la charge électrique maximale de 1 152 millicoulombs (mC).
>
> Depuis, la jeune femme n’a plus de souvenir de son frère, mort peu après sa cure d’électrochocs. Elle ne se souvient pas des premiers mois de vie de son berger des Shetland aux yeux vairons qui l’accompagne partout. Elle ne sait plus pourquoi ses ami·es sont ses ami·es.
>
> Géraldine a décidé de témoigner pour ne pas rester un simple « dommage collatéral de la médecine » : « Je suis un être humain. On ne peut pas faire n’importe quoi avec le cerveau des gens. »
La psychiatrie en France. Elle n’a pas changer.
Et je rajouterai qu’en plus être retardataire elle est sous-financé.
D’ici ça ressemble à faire une saignée pour purger le corps des mauvaises humeurs
Terrible ce qui est arrivé à cette femme
C’est de la torture non ?
Quelle différence entre ce traitement qu’on poursuit jusqu’à ce que ça marche ? Et dont on accuse le patient, l’environnement, la famille d’un eventuel échec ?
C’est ni plus ni moins qu’une trépanation 2.0. C’est enrobé dans une belle terminologie sauce 2026 mais ca n’est qu’une merde obscurantiste.
“Et vous m’enleverez les trompes de l’hystérique de la 13, on ne voudrait pas qu’elle se reproduise”. Party like it’s 1897.
Ça existe encore en France ce truc ?? On se croirait dans un récit d’Albert Londres
La pauvre, j’espère qu’elle réussira à se reconstruire et à être un peu heureuse un jour…
Je le dis souvent mais la psychiatrie est vraiment dans un autre monde… j’ai un psychiatre parfois il dit des trucs complètement lunaire. Tous les psy que j’ai vu beaucoup presque tous on été problématique et on eu des discours inapproprié m’obligeant à changer. Ça m’étonnes pas qu’il y ai encore ce genre de pratique barbare
Les com sont idiots avec la sismothérapie mais c’est une technique qui a une certaine efficacité, et réservée qu’en cas d’échec des autres thérapies, et c’est sous anesthésie générale. Je ne sais pas par contre si c’est un effet indésirable possible (comme tout traitement a ses risques) ou si c’est un excès de séances.
Attention, se méfier du titre sensationnel…
Les électrochocs ou ECT existent toujours en France effectivement mais rien à voir à l’idée qu’on pourrait s’en faire ou de ce qu’on voit dans les films.
Déjà il faut bien entendu l’accord du patient, c’est prouvé qu’il y a une efficacité et c’est supervisé par un anesthésiste pour qu’il y ait aucune douleur. C’est réservé aux dépressions ultra résistantes aux traitements médicamenteux et pour avoir travaillé trois ans en hôpital psy parfois c’était notre seule solution pour des patients en grande souffrance psychique.
Comme tout traitement il n’y a pas de risque zéro et c’est terrible ce qui est arrivé mais il faut nuancer le propos sur cette méthode car en s’arrêtant au titre et sans connaître la psychiatrie on dirait qu’on a torturé quelqu’un ce qui n’est pas le cas.
Article putaclic, on prend un exemple malheureusement terrible pour tout stigmatiser. L’ECT donne de bons résultats, ce n’est pas de la première intention, c’est sous AG et on ne “grille pas le cerveau” et pas mal de pays l’utilisent. Je défends cette pratique car c’est une option. Et en tant que patient, j’ai intérêt à défendre des options car les médicaments en psychiatrie ne sont pas très jolis non plus. Le problème de la psychiatrie en France ce n’est pas les pratiques, c’est le manque de praticien.
Je ne défends absolument pas ce qui s’est passé pour cette patiente mais la sismothérapie c’est connu pour fonctionner, c’est utilisé en dernier recours et sous anesthésie générale.
Ça a très bien fonctionné sur un membre de ma famille mais le nombre de séances n’avait rien à voir avec 85. Donc en effet il y a de quoi s’interroger pour la patiente de l’article mais c’est pas une raison pour mettre la sismothérapie à la poubelle.
Avant que les gens ici continuent à comparer ça à une pratique barbare ou de la saignée.
Alors l’article est glaçant et son histoire terrible, mais à titre personnel je peux témoigner que pour ma mère bipolaire, ce traitement l’a sortie du trou. Mais vraiment. Elle avait au préalable passé 6 mois en HP dans un état indicible (épisodes catatoniques, mutisme total, zéro autonomie. un fantôme/zombie c’était horrible). Le traitement a eu lieu sur plusieurs semaines, je dirais une quinzaine de séances. C’était il y a plus de 20 ans, on nous a expliqué qu’on ne savait pas trop comment cela fonctionnait, un genre de reboot du cerveau, mais que c’était utilisé en dernier recours (à cause des anesthésies générales notamment). Effectivement elle a eu des soucis de mémoire immédiate pendant l’année suivante, mais cela lui a quand même permis de revenir à la vie et ensuite ça s’est amélioré. Je vous assure que sans ça je ne sais pas ce qui aurait pu se passer. Aujourd’hui elle est très bien suivie et à peu près stabilisée, il y a bien sûr eu d’autres épisodes mais rien d’aussi extrême. Elle est autonome et mène une vie paisible.
Je trouve qu’il y a beaucoup de fantasmes sur la psychiatrie en France. Alors oui la situation est catastrophique à l’image de l’état du service public, de l’hôpital, oui c’est une spécialité chroniquement sous dotée. Mais il faut arrêter avec l’image du méchant psychiatre qui veut mettre tout le monde sous camisole chimique.
Je me souviens de ce poste.
Est-ce elle ? En tout cas cela y ressemble beaucoup. Encore des électrochoc qui font perdre la mémoire.
https://www.reddit.com/r/france/s/QDsLf4cfYL
Quelqu’un a déjà archivé l’article ou pas ? (Besoin d’un lien)
On se croirait revenu à lente des lobotomies
Fake new!!!!
Ou à minima l’efficacité des l’ECT tiens de l’aléatoire et de la science pathologique expliquant la croyance de nombreux commentaires dans leur efficacité ou bien il y a une forme d’astroturfing dans les coms’ de ce post.
Répétez tant que vous voulez que ça fonctionne si vous voulez. Démontrez nous plutôt sérieusement le bien fondé des ECT.
Qui aurait pu le prédire !?
La psychiatrie n’avait vraiment pas besoin d’un article à charge débile contre les ECT. Je n’ai aucun avis sur cette situation spécifique mais l’utiliser comme une illustration du manque d’efficacité d’une technique qui a fait ses preuves depuis longtemps est tout à fait nuisible.
Ok, alors j’ai cherché les sources, parce que je trouve l’article de mediapart particulièrement biaisé.
Concernant le rapport de l’OMS avec Jonh Read cité, j’ai trouve que celui-là, en galérant : https://www.who.int/publications/i/item/9789240080737
John Read y est cité pour les papiers suivants :
https://www.bmj.com/content/364/bmj.k5233
https://bpspsychub.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/papt.12335
Dans le second, j’ai trouvé cette phrase :
> However, the 79 patients in the three Trusts that used all seven points of the scale reveal a more nuanced picture: 15.2% ‘very much improved’, 27.8% ‘much improved’, 44.3% ‘minimally improved’, and 12.7% ‘no change’. Thus, the majority (57%) showed either no change or only minimal improvement.
Donc déjà, on est pas dans les “30 % estiment que l’ECT leur a été assez ou très utile” de l’article de Mediapart, en citant la source que l’article a lui-même suggéré.
Si on suppose que le 30% vient d’ailleurs, la différence provient probablement du fait que la médecin est une sujet d’étude hyper compliqué, beaucoup de papiers se contredisent sur pas mal de chose. Encore plus sur la psychiatrie, là c’est la foire. Les patient.e.s sont toustes radicalement différent.e.s, les variations dans l’état plus l’effet placebo sont hyper compliqués à gérer sans des stats poussés qui nécessitent énormément de patient.e.s pour être cohérent.
Et même si le 30% est vrai, et bien c’est faible mais pas tant que ça. Wikipédia (EN) dit que les antidépresseurs c’est 50% d’efficacité. On a vu mieux. Et pareil, les chiffres sont dans tous les sens quand tu prends d’une étude à l’autre
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Ensuite, concernant le “le mécanisme d’action de l’ECT reste inconnu”… Et bien c’est courant en médecine. L’anesthésie générale, on ne sait pas comment ça marche. Même le Doliprane, on sait pas comment ça marche.
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Ensuite, l’article parle d’un unique cas. Qui est certes particulièrement affreux oui, je ne le nie pas, ça doit être vraiment horrible d’avoir perdu sa mémoire comme ça.
Mais d’un autre côté… Et bien c’est un unique cas. Il y a plein de personnes avec des effets négatifs moindres, même si la thérapie marche pas. Il y en a plein d’autre sur qui ça marche. On le voit dans les témoignages dans les commentaires.
Ensuite, ça doit **normalement** être une thérapie de dernier secours, avec surtout un **consentement éclairé**. Les risques sont présents et réels. Et quand je dis “dernier secours”, et bien je vais être particulièrement franc, c’est que si on ne fait pas cette thérapie, il y a de fortes chances que le malade meurt. Probablement en s’ôtant la vie.
Et “électrochoc”, ça fait peur, on a l’imaginaire des films, d’où la réaction épidermique de plein de personnes. La réalité, c’est pas ça.
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Par contre, là où je suis d’accord, c’est l’état déplorable de la psychiatrie en France. Manque de médecin, moyens ridicules, abus de pouvoir et de faiblesse, pratiques barbares… Et dans ce cas, consentement douteux concernant l’accord pour réaliser cette thérapie, en plus du fait que la modalité de la thérapie semble extrême. Je pourrais en parler longtemps, mais là je fatigue.
Sans compter le stigma dans la société en général sur les handicaps et maladies psys.
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**TL;PL : L’article parle d’une unique personne . Les chiffres donnés sont hors-contexte et même pas ceux le médecin cité. Les données numériques en psychiatrie se contredisent tout le temps. “Mode d’action inconnu” : c’est courant, pareil pour le Doliprane. L’ECT doit être utilisé en dernier recours, dans le cas d’un danger sérieux (suicide). Pour cette personne, l’hôpital a sûrement merdé sur le consentement et la cure. En général, l’état de la psychiatrie en France est déplorable.**
Si ca se trouve elle a perdu la mémoire avant les électrochoc.. comment savoir
Bienvenue au 19eme siècle
Je ne poste plus sur reddit par manque de temps, mais j’aimerai témoigner sur cette page.
J’ai subi 5 ECT en 2021 (cause gros pb familiaux et gros traumatismes qui faisaient que j’avais des comportement bizarres notamment refuge dans l’ésotérisme, ce qui a fait que la psy a cru que je délirais).
Il m’a fallu 3 ans pour retrouver des souvenirs oubliés (j’avais oublié énormément de moments positifs de ma vie dont mes souvenirs de troisième, les moments passés avec mon père de mes 8 à 11 ans), et aussi d’autres souvenirs, des noms d’amies, un chat que j’avais petite, et plein d’autres choses. Du coup je me suis éloignée de mon père à cause de ça car j’avais oublié bcp de moments avec lui…
Je ressentais aussi plus les émotions comme avant notamment j’étais plus capable de ressentir de la colère même devant des choses graves, et je n’avais plus réellement de sentiment d’ambition. Je n’arrivais plus aussi à ressentir de la tristesse même quand j’aurai dû, ou de la joie véritable.
J’avais des énormes maux de têtes chroniques. J’ai eu une grosse baisse de vitesse de traitement de l’information et des maux de tête quand j’étudiais.
On me diagnostiquait pas de “changement cognitif particulier”, car ces changements étaient visibles que dans le domaine intellectuel/universitaire, pas dans la vie de tous les jours.
4 ans après, ce qui reste, c’est que mes émotions et ma manière de ressentir est plus vraiment comme avant. Des fois, je ressens comme avant, des fois, c’est comme si je n’avais plus vraiment d’émotions. J’ai du mal à prendre des décisions à cause de ça. Je garde des problèmes de concentration et de migraines à l’effort ou quand je me concentre qui m’handicapent, que ce soit pour reprendre les études ou dans d’autres domaines comme conduire.
J’ai repris des études sélectives à côté d’un emploi environ 30h par semaine (emploi physiquement exigeant). Mais j’ai une hygiène de vie drastique. Je n’ai pas de vie et vraiment très peu de loisirs pour réussir à combiner tout cela. Je dois faire des pauses quand j’étudie à raison de 5 min toutes les 20 min sinon j’ai des migraines. Il m’a fallu adapter ma manière d’apprendre.
Il m’a fallu 3 ans pour retravailler et refonctionner normalement, pour que les migraines s’améliorent, avec une hygiène de vie et alimentation drastique. Jusqu’à 3 ans après les électrochocs, les gens de 70 ans de mon entourage avaient plus d’énergie que moi. Je m’endormais presque pendant les repas de famille.
Je n’ai eu QUE 5 électrochocs…
Je peine à imaginer 85.
les defenseurs de la psychiatrie font flipper, renseignez vous sur l’antivalidisme et l’anti psy parce que vous me foutez la gerbe